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Les demeures caussenardes n’appartiennent qu’aux Causses. Elles s’abritent du vent, s’harmonisent avec le paysage et regroupent les hommes et les bêtes pour mieux lutter contre la rudesse des climats.
    Au rez-de-chaussée, la bergerie est souvent voûtée, constituant le support de toutes les constructions antérieures au 19ème siècle. La pierre accumule aussi la chaleur dégagée par les moutons et la restitue aux pièces d'habitation (1er étage). Les voûtes constituent un tout avec de lourdes couvertures de dalles calcaires : le poids des dalles contribue à leur maintien.
La plupart des bâtiments du Causse sont édifiés à partir d’un système à 2 voûtes superposées.
    Les murs varient de 0,80m à 1,50m d’épaisseur.
    Les façades sont faites pour être vues, ce sont elles qui accueillent le visiteur et portent l’image de la famille résidente. Mais elles sont fonctionnelles permettant la pénétration des hommes et de la lumière.
    Les toitures sont faites de dalles calcaires reposant sur un lit de cailloutis, à la base du toit, les dalles sont plus larges (gouttière couronnant le mur pour protéger l’étanchéité)
Ensuite leur dimension diminue jusqu’au faîte composé de larges plaques posées à plat.
    Le poids des lauzes varie de 250Kg ou plus au m², et permettent de renforcer le blocage de la maçonnerie voûtée. Toutes les maisons du causse étaient équipées d’une citerne alimentée par un système de chenaux  en bois courant le long des murs et reposant sur des corbeaux en pierre.




Phénomène « maisons Aragonaises »

Quelques maisons possédaient de nombreux porches avec arcades pour couvrir le balcon rappelant les patios espagnols. Cette similitude a permis à certains de qualifier de "maison Aragonaise" ce type de ferme, en souvenir des rois d'Aragon qui ont régné sur la région de 1172 à 1258. Un tel rapprochement semble néanmoins hasardeux, les premiers balcons couverts remontant seulement au XVIème siècle.

            La Ferme Aragonaise des Monziols


    1) Situation :

  a) Le canton du Massegros occupe l’extrémité occidentale du Causse de Sauveterre.
La plus grande part de son territoire s’étend sur le Causse de Sauveterre et une petite partie du Causse Méjean avec les Gorges du Tarn qui les sépare comprenant le cirque de Baumes et le pas de souci.

  b) La Commune de Saint-Georges–de-Lévejac est traversée par le Tarn au sud avec un des plus beau point de vue sur les gorges : le « Point Sublime » qui domine le Cirque des Beaumes et la chapelle de Saint-Hilaire.

  c) Sur ce canton une des caractéristiques de l’habitat rural consiste en la présence de plusieurs grosses fermes à cour fermée (les plus importantes ont probablement été construites pour des petits seigneurs ou des bourgeois) dénommées sans raison apparente maisons « Aragonaises ».


      2) Pourquoi ce qualificatif « d’aragonaise » ?

Selon le Service de l’Inventaire  Général de la Direction Régionale des Affaires Culturelles du Languedoc-Roussillon :
      Ce terme de « ferme aragonaise » désigne de belles fermes à cour fermée du causse de Sauveterre, dont le logis, situé à l’étage, est distribué par une galerie haute ouvrant sur la cour par des arcades. Ces galeries sont voûtées et contribuent sans doute à étayer la grande voûte du comble.

 

      Nous préférons ne pas employer cette expression répandue aujourd’hui dans la littérature touristique, parce que nous ne lui avons trouvé aucune justification d’ordre historique ou typologique ; en outre, son emploi dans la tradition orale n’est pas attesté.

     Dans sa thèse sur les Grands causses, qui reste encore aujourd’hui l’ouvrage de référence tant du point de vue géographique que du point de vue historique, Paul Marres décrit avec précision ce type d’édifice sans pour autant utiliser ce terme. Quant à F. Buffières dans son ouvrage monumental sur le Gévaudan, il l’emploie, entre guillemets et sans le justifier. Le docteur Cayla est, à ma connaissance, le seul qui ait justifié l’appellation « Ces maisons n’imitent pas les maisons caractéristiques de l’Aragon. Mais celles où l’on conserve les souvenirs. On a gardé celui de la suzeraineté des Rois d’Aragon au XIIème siècle »1 Cette tradition se référant au souvenir de la présence aragonaise à l’ouest du Gévaudan ne me paraît pas pertinente. En effet, le roi d’Aragon cède ses possessions gévaudanaises au roi de France en 1258 au traité de Corbeil. Même en admettant qu’il y ait eu une réelle occupation du causse de Sauveterre et des échanges entre les deux pays, il est difficile d’établir un rapport entre cette très ancienne occupation –si tant est qu’il y ait eu une occupation de ces terres éloignées du royaume- et la construction de ces fermes qui date pour la plupart du XVIIIème siècle (les Monziols) et parfois du début du XIXème siècle. Enfin, le docteur Cayla ne donne pas l’origine de ce terme et n’analyse pas le phénomène de transmission de ce « souvenir » à travers cinq siècles.

     Cette critique d’une appellation dont l’origine est inconnue, peut-être inventée par quelque amateur du XIXème siècle, ne doit pas remettre en cause l’intérêt de ces édifices. Les maçons qui ont construit ces maisons, ont su donner à l’architecture caussenarde un caractère de maisons nobles (régularité des galeries, emploi de balustres, traitement des petits pignons en forme de fronton comme au Monziols) à ces fermes destinées aux notables, leurs commanditaires.

     Cependant, il existe des similitudes troublantes entre la région d’Aragon et celle des Causses Lozériens. En effet nous retrouvons des Cazelles (très caractéristique de notre région) sur tout le territoire « Aragonais », alors qu’il n’en n’existe pas sur tout le territoire Espagnol !

 
(1) Cayla(Dr A) – Architecture paysanne du Rouergue et des Cévennes, 1975, p 27

 
          3) La ferme Aragonaise des Monziols

   Ferme des Monziols (La Capelle), photographiée en 1968 (photo M. Descossy). Depuis le porche de gauche a été démoli et le pigeonnier contigü s’est écroulé.


   La ferme des Monziols située à l’écart du hameau. Les bâtiments s’ordonnent sur trois côtés d’une cour fermée par un haut mur. Le logis principal occupe tout un côté. Un escalier extérieur conduit à la galerie haute qui distribue le logis et les ailes en retour. La galerie voûtée ouvre sur la cour par cinq arcades. Dans l’axe de l’arcade centrale, le large pignon évoque un fronton. Un corps de passage enjambant le chemin reliait l’édifice à une grange située de l’autre côté du chemin. L’effondrement de ce bâtiment a entraîné celui du beau pigeonnier, couvert d’un toit en double bâtière, encore intact en 1968. L’ensemble a sans doute été construit à partir de 1702 (date inscrite sur la porte de la grange-étable) et surtout vers 1725, comme le fait penser la date relevée sur l’arcade centrale de la galerie. D’après Paul Marres, la ferme des Monziols était une propriété d’origine bourgeoise. Au XVIIIème siècle, son propriétaire fut l’abbé de la Barthe, l’initiateur sur ses terres, et sans doute sur le causse de Sauveterre, de la technique des prairies artificielles.


                   
            4) Un personnage étonnant : l’abbé de la Barthe

    Jean-Jacques HILAIRE-Silvestre Daudé de Tardieu de Labarthe né en 1721 à Marvejols, il y mourra en 1801. Aîné de six enfants, dont quatre fils et deux filles, il était issu d’une famille qui « quoique nombreuse, était en Gévaudan le modèle de l’union et de la paix ».
    Il commença ses études chez les doctrinaires d’Effiat, en Auvergne puis achèvera ses humanités à Paris. Il entre ensuite au service de sa Majesté pour obéir à l’usage (malgré le fait d’avoir son héritage de Gévaudan assuré en tant qu’aîné). Il fit la guerre en Allemagne au temps de « la Succession d’Autriche », comme capitaine aide-major d’infanterie au Régiment d’Auvergne et fut à quatre batailles.

De retour à Paris, il rencontre la Condamine, à peine arrivé de son célèbre voyage au Pérou. Il devient son admirateur, son élève et bientôt son ami. Par son intermédiaire, il rencontre les savants de son époque Séguier, Réaumur, Lalande, dont on conserve aujourd’hui encore la correspondance qui mériterait d’être examinée avec plus de détail. Son ami La Condamine, membre de l’Académie des Sciences, ira jusqu’à le qualifier d’être « l’ignorant le plus célèbre d’Europe ».

De retour en Gévaudan, vers 1759, à 38 ans et se marie. Son épouse meurt en couches en 1766 et lui laisse deux enfants à élever. A cette date, il se décide d’entrer en religion.
    Par mariage entre dans son patrimoine le domaine situé à l’extrême bord septentrional du Causse de Sauveterre, dominant de 500 toises presque perpendiculaires les gorges du Tarn : « un désert entouré de bois, sans rivières, sans fontaines et sans arbres fruitiers, quoique le climat y soit agréable et doux, l’air très pur et l’eau de citerne excellente », mais « qui pourrait être doublé ou triplé en valeur, s’il y avait du foin ».

    C’est là au Monjoli (aujourd’hui les Monziols), qu’il prétend faire des essais d’amélioration agricole. C’est ainsi qu’en suivant les préceptes de l’Encyclopédie il plante des prairies artificielles, fait mettre sous ses yeux « la herse triangulaire de l’Encyclopédie et quelques autres instruments nécessaires pour exploiter plus vite le terrain »

Il écrit une longue lettre sur l’épisode de la bête du Gévaudan et se moque de la crédulité de ses compatriotes.

Il se passionne pour toutes les nouvelles inventions de son siècle : l’électricité, l’astronomie, la médecine, les aérostats.

 


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